Un bilan de compétences peut être utile lorsque l’on se sent moins à sa place au travail, que l’on perd progressivement sa motivation ou que l’on envisage un changement de métier sans savoir encore vers quelle direction aller. Pourtant, beaucoup de salariés hésitent à se lancer par peur que leur employeur l’interprète comme une envie de départ. Faut-il l’informer ? La réponse dépend surtout du moment où le bilan est réalisé et du dispositif choisi.
Bilan de compétences et employeur : ce que prévoit la règle
Le bilan de compétences permet d’analyser ses compétences professionnelles et personnelles, ses motivations et ses priorités afin de construire ou de vérifier un projet professionnel. Il peut aussi aider à identifier une formation, une évolution interne ou plusieurs scénarios possibles.
La confidentialité est un principe important. Les résultats du bilan appartiennent uniquement à la personne qui le réalise : ils ne peuvent pas être communiqués à l’employeur sans son accord. Le document de synthèse reste donc personnel.service-public
En pratique, la nécessité d’informer l’employeur dépend principalement du temps consacré au bilan :
Si le bilan se déroule entièrement en dehors du temps de travail, l’employeur n’a pas à être informé.
Si tout ou partie du bilan se déroule pendant les horaires de travail, l’accord préalable de l’employeur est nécessaire.
Si l’employeur propose lui-même le bilan dans le cadre du plan de développement des compétences, votre accord reste obligatoire.
Il est donc possible d’engager une réflexion professionnelle confidentielle, tant que les rendez-vous, recherches et démarches n’empiètent pas sur votre temps de travail.
Dans quels cas pouvez-vous garder votre démarche confidentielle ?
Beaucoup de salariés choisissent d’abord de réaliser un bilan de compétences pour eux-mêmes. Ils ne savent pas encore s’ils souhaitent évoluer dans leur entreprise, demander une mobilité, se former ou changer complètement de métier.
Dans cette situation, faire le bilan hors temps de travail permet de garder la démarche privée. Les rendez-vous peuvent, par exemple, avoir lieu en soirée, pendant des congés, sur des jours de repos ou selon les créneaux proposés par l’organisme.
Cette discrétion peut être rassurante si vous craignez que votre démarche soit mal interprétée. Elle vous donne aussi le temps de réfléchir sans pression et sans avoir à justifier un projet encore en construction.
Un bilan de compétences ne signifie pas automatiquement que vous allez démissionner. Il peut confirmer votre envie de rester dans votre entreprise, mais avec des missions différentes, davantage de responsabilités ou une évolution vers un autre service.
Quand est-il préférable d’en parler à son employeur ?
Parler de votre bilan à votre employeur peut être pertinent lorsque vous avez déjà identifié une piste d’évolution interne ou lorsque vous souhaitez réaliser vos rendez-vous pendant votre temps de travail.
Par exemple, vous pouvez avoir envie d’évoluer vers une fonction de coordination, de gestion de projet, de ressources humaines ou de management. Dans ce cas, votre responsable ou votre service RH peut vous aider à identifier les opportunités existantes, les compétences à développer et les formations mobilisables dans l’entreprise.
Il peut aussi être utile d’en parler lorsque votre employeur est à l’origine de la démarche. Dans le cadre du plan de développement des compétences, le bilan fait alors l’objet d’une convention écrite entre vous, l’employeur et l’organisme prestataire. Vous disposez de dix jours pour accepter ou refuser cette convention ; un refus ne constitue ni une faute ni un motif de licenciement.
Avant d’aborder le sujet, posez-vous trois questions simples :
Est-ce que mon objectif concerne une évolution possible dans l’entreprise ?
Ai-je besoin de créneaux sur mon temps de travail ?
Est-ce que je me sens suffisamment en confiance pour en discuter avec mon manager ou les RH ?
Si vous répondez non à ces questions, vous pouvez tout à fait commencer votre bilan de façon confidentielle.
Le bilan de compétences : une aide quand on ne se reconnaît plus dans son travail
Il n’est pas nécessaire d’être certain de vouloir changer de métier pour commencer un bilan de compétences. Il peut justement être utile lorsque les idées sont confuses.
Certaines personnes ressentent une lassitude persistante. Elles apprécient encore certains aspects de leur travail, mais ne trouvent plus de sens dans leur quotidien. D’autres ont l’impression d’être devenues moins performantes, de subir une surcharge mentale ou de ne plus réussir à travailler comme avant.
Cela peut concerner des salariés qui traversent une période personnelle difficile, qui reviennent après un congé, qui connaissent un épuisement professionnel ou qui vivent avec un trouble neurodéveloppemental, comme le TDAH. Les difficultés d’attention, d’organisation, de priorisation ou de gestion de l’énergie peuvent alors rendre le travail plus pesant, sans pour autant effacer les compétences et les qualités de la personne.
Un bilan de compétences adapté permet de prendre du recul. Il ne cherche pas à poser un diagnostic médical ni à “corriger” une personne. Il aide à identifier ce qui fonctionne, ce qui fatigue, les environnements de travail plus favorables et les compétences qui méritent d’être valorisées.
Il peut, par exemple, faire ressortir qu’une personne est particulièrement créative, à l’aise dans la relation humaine, capable de résoudre des problèmes complexes ou de mobiliser une forte énergie sur des projets qui l’intéressent réellement. L’objectif est ensuite de construire un projet réaliste, compatible avec ses besoins et son mode de fonctionnement.
Le parcours d’Émilie
Émilie travaille depuis plusieurs années dans une fonction administrative. Avec le temps, elle a le sentiment de ne plus être à sa place. Les tâches très répétitives lui demandent beaucoup d’efforts, elle a du mal à rester concentrée sur les priorités et elle finit souvent ses journées avec l’impression de ne pas avoir avancé comme elle le souhaiterait.
Après un diagnostic de TDAH, elle comprend mieux certaines difficultés qu’elle rencontrait au travail. Elle ne souhaite pas pour autant prendre une décision précipitée ni démissionner sans projet. Elle choisit donc de réaliser un bilan de compétences hors de son temps de travail.
Pendant les échanges avec sa consultante, elle identifie ses compétences transférables : capacité à créer du lien, créativité, adaptabilité, écoute et intérêt pour les projets qui demandent de la coordination. Elle explore également les conditions qui l’aident à mieux travailler : objectifs clairs, variété des missions, environnement bienveillant et outils d’organisation adaptés.
À l’issue du bilan, Émilie ne repart pas avec une réponse toute faite, mais avec une direction plus claire, plusieurs pistes réalistes et un plan d’action. Cette démarche lui permet de reprendre confiance dans ses compétences et de réfléchir à une évolution progressive, plutôt que de subir son quotidien professionnel.
Comment se déroule concrètement un bilan ?
Un bilan de compétences se déroule généralement en trois phases. La phase préliminaire sert à analyser votre demande, définir vos besoins et choisir un accompagnement adapté. La phase d’investigation permet d’explorer vos compétences, motivations, contraintes et pistes professionnelles. Enfin, la phase de conclusion permet de formaliser un projet et les étapes nécessaires pour le réaliser.
La durée maximale est de 24 heures. Les rendez-vous sont répartis sur plusieurs semaines afin de laisser le temps de réfléchir, de réaliser des recherches et de mûrir les pistes envisagées.
Selon les cas, le bilan peut conduire à différentes conclusions :
Rester dans son poste avec des ajustements concrets.
Demander une mobilité interne ou une évolution de missions.
Suivre une formation pour développer une compétence.
Préparer une reconversion progressive.
Tester un nouveau secteur ou un métier.
Mettre en place une organisation de travail plus adaptée à ses besoins.
Pour commencer votre réflexion, vous pouvez aussi consulter notre article : Comment savoir s’il est temps de changer de métier ? Les questions à se poser.
Faire un choix qui vous ressemble
Le bilan de compétences est une démarche personnelle. Il ne vous oblige ni à quitter votre emploi, ni à annoncer un projet encore incertain à votre employeur. Si vous le réalisez en dehors de votre temps de travail, vous pouvez le faire en toute confidentialité. En revanche, un accord est nécessaire si vous souhaitez utiliser vos heures de travail.
Au-delà des règles, l’intérêt principal est de vous redonner un espace pour réfléchir à votre avenir. Lorsque l’on se sent fatigué, démotivé ou décalé dans son poste, prendre le temps d’identifier ses compétences, ses besoins et ses envies peut devenir le premier pas vers une évolution plus alignée.
